A l’occasion du Forum de Paris sur la Paix, le Forum sur l’information et la démocratie annonce 8 nouveaux membres du groupe de préfiguration de l’Observatoire international sur l’information et la démocratie, co-présidé par Shoshana Zuboff et Angel Gurria. Parmi eux, Maria Ressa, prix Nobel de la Paix 2021.

Le groupe de préfiguration de l’Observatoire international sur l’information et la démocratie sera dirigé par un comité de pilotage, dont la liste des membres vient d’être annoncée lors d’un événement au Forum de Paris sur la Paix. Co-présidé par Angel Gurria, ancien secrétaire général de l’OCDE et Shoshana Zuboff, auteur de L’Âge du capitalisme de surveillance et professeur émérité à la Harvard Business School, il comprend désormais 10 personnalités parmi lesquelles Maria Ressa, lauréate du prix Nobel de la Paix 2021.

La création de l’Observatoire international sur l’information et la démocratie avait été annoncée lors du Sommet pour l’information et la démocratie, le 24 septembre dernier à New-York. Il devra permettre une évaluation périodique des phénomènes observés dans l’espace informationnel, des causes afférentes et des risques qu’ils font peser sur la démocratie. Il publiera un rapport fondé sur une méta-analyse de la recherche et des données existantes afin d’offrir une compréhension commune de l’espace numérique et d’éclairer la prise de décision publique. 

Au cours des six prochains mois, le groupe de préfiguration se réunira périodiquement pour travailler à la structuration de cet observatoire. Ce dernier sera hébergé par le Forum sur l’information et la démocratie, organe de mise en œuvre du Partenariat international du même nom endossé par 43 Etats. Le rapport du groupe sera publié au premier semestre 2022.

Le Forum a annoncé les premiers membres du groupe de préfiguration, qui a pour objectif de définir les objectifs, la méthodologie et les ressources de l’Observatoire :

  • Virgilio Almeida, Professeur émérite, Département des sciences informatiques, Université Fédérale de Minas Gerais
  • Jim Balsillie, Fondateur, BlackBerry
  • Jean-Marie Guéhenno, Diplomate, Ancien Secrétaire Général Adjoint de l’ONU
  • Elsa Pilichowski, Directrice de la gouvernance publique, OCDE
  • Miguel Poiares Maduro, Président, European Digital Media Observatory (EDMO)
  • Maria Ressa, PDG, Rappler et lauréate du prix Nobel de la paix 2021
  • Burhan Sönmez, Président, PEN International
  • Gabriela Ramos, Sous-Directrice générale pour les Sciences Sociales et Humaines, UNESCO

Pour Christophe Deloire, président du Forum sur l’information et la démocratie, “pour endiguer la logique de destruction des démocraties, les décisions doivent être fondées sur des évaluations claires, pertinentes et partagées. Ce sera le rôle de l’Observatoire international de les fournir. Nous avons besoin d’un processus semblable à celui pour le réchauffement climatique, avec des sommets récurrents, l’équivalent du GIEC et des engagements des États. Avec le Forum sur l’information et la démocratie, et en son sein l’Observatoire, nous sommes sur la bonne voie. La liste impressionnante des membres du comité de pilotage comme le prestige de ses co-présidents sont de très bon augure pour l’Observatoire.”

« Nous sommes aujourd’hui confrontés à une tragédie des « non-communs » : les espaces d’information que les citoyens supposent être publics sont strictement régis par les intérêts commerciaux privés du capitalisme de surveillance et sa recherche du profit maximum, » insiste Shoshana Zuboff. « Nous avons besoin de législateurs prêts à s’engager dans le défi du siècle sur des questions fondamentales qui n’ont jamais été posées :  Comment devons-nous structurer et gouverner les flux d’information, la connexion et les infrastructures de communication pour un siècle numérique démocratique ? Je suis enthousiaste à l’idée de mener l’Observatoire international sur l’information et la démocratie, qui rassemblera des connaissances et aidera les législateurs et les politiques à trouver des solutions durables à ces questions historiques, dans l’intérêt d’un siècle démocratique et numérique florissant auquel aspirent les citoyens de toutes les sociétés. »

Pour Angel Gurria, “l’Observatoire concerne la qualité de la démocratie. Il s’agit de s’assurer que les citoyens, la société dans son ensemble, sont vraiment libres de prendre leurs propres décisions, sur la base des meilleures informations, les plus objectives et les plus neutres. Il s’agit d’éviter les biais et les angles morts. Il s’agit de notre bien-être tel que défini par ce que nous voulons, plutôt que par une entreprise commerciale ayant un agenda propre ou un algorithme conçu pour profiter à quelques-uns plutôt qu’à la majorité.”

Soutien dès le début de l’initiative en 2018, Maria Ressa a reconnu la nécessité d’une évaluation internationale indépendante : « c’est ce que nous ferons avec l’Observatoire international de l’information et de la démocratie, tout comme en 2018, lorsque RSF a réuni un petit groupe pour commencer à parler des principes et des valeurs que l’internet devrait avoir. »

Jean-Yves Le Drian et Heiko Maas, respectivement ministre des affaires étrangères de la France et de l’Allemagne, ont soutenu la création de l’Observatoire. Ce dernier « se réjouit des progrès de l’Observatoire international sur l’information et la démocratie et de la poursuite de la coopération pour faire tourner le moteur de la démocratie. » Le ministre Le Drian a annoncé que la France est « très engagée dans la mise en place de l’Observatoire international de l’information et de la démocratie car nous en avons vraiment besoin. Nous avons besoin de comprendre l’espace dans lequel nous sommes et les échecs mondiaux. » L’Observatoire est un moyen « de nous alerter sur les risques auxquels nous sommes confrontés dans l’espace de l’information et de la communication. Nous avons besoin de cet outil pour prendre de bonnes décisions », a-t-il déclaré.

Pour la vice-présidente de la Commission européenne Vera Jourova, “le Forum sur l’information et la démocratie et l’Observatoire nouvellement créé jouent un rôle clé. Nous devons développer une compréhension commune des enjeux. […] Je suis sûre que les travaux du nouvel Observatoire contribueront davantage à notre action ». Faisant référence à un rapport publié en 2020, Mme Jourova a également reconnu que « les recommandations du groupe de travail sur l’infodémie du Forum sur l’information et la démocratie ont constitué une contribution importante à notre Plan d’action pour la démocratie européenne ».

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