Un nouveau rapport du Forum sur l’Information et la Démocratie (FID) fait état d’une réelle volonté politique pour renforcer l’intégrité de l’information sur le climat dans au moins 23 pays et dans l’Union européenne. Il met toutefois en évidence des lacunes persistantes, notamment l’absence de plans d’actions nationaux pour lutter contre la désinformation climatique et le greenwashing des lobby des énergies fossiles, pourtant indispensables.
Alors que la communauté internationale se prépare pour la COP17 sur la biodiversité (22-30 octobre) et à la COP31 sur le changement climatique (9-22 novembre), les résultats du dernier rapport du FID appellent à une action urgente de la part des décideurs publics et des régulateurs pour lutter contre la désinformation climatique.
Portant sur 23 pays et l’Union européenne, le rapport a été élaboré dans le cadre de l’Axe de travail prioritaire de l’organisation consacré à l’intégrité de l’information sur le climat et l’environnement, co-présidé par l’Arménie et le Brésil. Il montre que, si la mobilisation politique et la sensibilisation du public progressent, la plupart des pays ne disposent toujours pas d’un plan d’action national pour lutter contre la désinformation climatique et le climatoscepticisme.
« Initialement destinée à ralentir la transition écologique, la désinformation sur le climat et l’environnement est devenue un enjeu démocratique, alimentant la polarisation et sapant la confiance. Un an après la “COP de la vérité” de Belém, le rapport que nous publions aujourd’hui dresse un état des lieux de ce qui a été fait, de ce qui fonctionne et de ce qui pourrait être renforcé. Il constitue une ressource pour toutes les parties prenantes à la recherche de solutions face aux deux grands défis de notre époque : le changement climatique et le chaos informationnel », déclare Camille Grenier, directeur exécutif du Forum sur l’Information et la Démocratie.
De Belém à Antalya
Le rapport est issu de l’Agenda d’action de la COP30, qui rassemble une série d’engagements pris par différentes parties prenantes à Belém, et constitue le fruit d’un effort collectif. Le FID a travaillé avec des partenaires issus des gouvernements et de la société civile afin de comprendre quels cadres existants sont déjà mobilisés pour lutter contre la désinformation climatique, comment les gouvernements protègent le journalisme environnemental et quels progrès ont été accomplis dans la mise en place de plans d’action nationaux.
Les premiers résultats ont été présentés lors des rencontres de juin de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques à Bonn, ainsi que lors de la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre. Rédigé par Cécile Simmons, rapporteure de l’Axe de travail hébergé par le FID, le rapport s’inscrit dans le mouvement international impulsé par l’Initiative mondiale pour l’intégrité de l’information sur le changement climatique, co-présidée par le gouvernement du Brésil, les Nations unies et l’UNESCO.
Le rapport propose un panorama des pratiques existantes et met en lumière des pistes prometteuses en matière d’évolution législative, de dispositifs institutionnels, de communication, d’éducation aux médias et à l’information, de prebunking, ainsi que de soutien au journalisme environnemental. À ce titre, il constitue une première évaluation utile pour les décideurs publics et les organisations de la société civile qui se réuniront à Antalya en novembre prochain.
Principales conclusions du rapport
Cadres juridiques et réglementaires
- La plupart des cadres de régulation des plateformes, lorsqu’ils existent, se concentrent sur la protection des enfants et les préjudices en ligne. Peu d’entre eux intègrent des éléments relatifs aux risques systémiques tels que la désinformation (comme c’est le cas dans l’Union européenne), tandis qu’un ciblage spécifique des enjeux climatiques ou leur prise en compte dans l’application de ces cadres restent largement absents.
- Les lois relatives au climat sont en cours de réforme afin d’intégrer des dispositions concernant l’accès du public à l’information, l’éducation et les mécanismes de participation. Le projet de loi brésilien fait figure d’exception en reconnaissant la responsabilité de l’État dans la promotion de l’intégrité de l’information sur le changement climatique.
- Les lois sur les médias comportent souvent des dispositions relatives au pluralisme et à l’exactitude de l’information et ont, dans de rares cas, été utilisées pour sanctionner des diffuseurs ayant relayé des discours climatosceptiques.
- Si les législations imposent certaines obligations en matière de transparence publicitaire, aucune ne s’attaque efficacement à la monétisation de la désinformation.
- En matière de lutte contre le greenwashing, la prise de conscience du problème progresse, avec la publication de lignes directrices par les autorités chargées de la protection des consommateurs, des amendes pour des pratiques de greenwashing et la mise en place, au niveau municipal, d’interdictions concernant certaines publicités et certains produits liés aux énergies fossiles.
Approches de politiques publiques et parties prenantes
- Les contextes nationaux et la manière dont le problème est appréhendé varient considérablement : certains pays adoptent une approche mobilisant l’ensemble du gouvernement, tandis que d’autres considèrent principalement la question comme relevant de la communication, de l’éducation aux médias et à l’information ou des ingérences étrangères et manipulations de l’information (FIMI).
- En conséquence, les acteurs institutionnels impliqués dans la promotion de l’intégrité de l’information vont des ministères de l’Environnement aux ministères des Affaires étrangères, en passant par les autorités de régulation.
- Les activités de suivi, de recherche et de coopération menées par la société civile et les chercheurs jouent également un rôle essentiel dans la promotion de l’intégrité de l’information.
Journalisme environnemental
- Le journalisme traverse une crise financière et les journalistes spécialisés dans les questions environnementales sont victimes d’attaques, voire assassinés. Malgré le rôle essentiel joué par le journalisme environnemental, les réponses des États restent insuffisantes au regard des besoins. La protection du journalisme environnemental est principalement intégrée dans les dispositifs généraux de protection des journalistes, tandis que les mesures en faveur de la viabilité économique des médias restent limitées et essentiellement axées sur la viabilité globale du secteur.