Développer des solutions contre la désinformation climatique : troisième session du groupe de travail dédié

Le 3 juillet 2025, le Partenariat pour l’Information et la Démocratie a tenu sa troisième session à huis clos dans le cadre de son groupe de travail sur le renforcement de l’intégrité de l’information sur le changement climatique et autres enjeux environnementaux. Coprésidée par l’Arménie et le Brésil, cette réunion a été décisive, passant du diagnostic des défis posés par la désinformation climatique à l’exploration de solutions politiques concrètes.

À l’approche de la COP30 (Brésil) et de la COP17 (Arménie), cette session a permis de clarifier les possibilités réglementaires et institutionnelles pour intégrer l’intégrité de l’information à l’agenda de la gouvernance climatique. Les participants ont convenu que le défi ne se limite plus à déconstruire de fausses informations, mais consiste à développer des cadres capables de s’attaquer aux causes systémiques de la désinformation climatique.

Diagnostic

En s’appuyant sur les analyses des sessions précédentes, les participants se sont intéressés à l’évolution de la désinformation climatique. Les experts ont souligné que le déni pur et simple a largement cédé la place à des tactiques plus insidieuses de « scepticisme stratégique », comme l’a décrit le Professeur Klaus Bruhn Jensen du Panel international sur l’environnement informationnel (IPIE).

L’objectif de cette approche n’est pas de nier les faits mais de retarder l’action, en présentant la lutte contre le changement climatique comme incertaine, coûteuse ou irréaliste. Ces récits, souvent amplifiés par les intérêts des industries fossiles, des acteurs politiques et de certains médias, ciblent les décideurs publics et fragilisent le consensus afin de retarder régulations et mesures.

Analyse du cadre réglementaire

Dans ce contexte, les participants ont examiné les cadres juridiques et réglementaires existants. Parmi les exemples évoqués figuraient le Code de conduite australien et le Digital Services Act (DSA) de l’Union européenne. Bien qu’encore à un stade précoce de mise en œuvre, ces instruments pourraient inspirer des approches spécifiques à la désinformation climatique.

Nina Santos, de la Présidence brésilienne, a d’abord rappelé que les mesures réglementaires doivent respecter la liberté d’expression et la liberté de la presse. Elle a ensuite évoqué un récent arrêt de la Cour suprême brésilienne qui marque un changement majeur dans la responsabilité des plateformes, en les redéfinissant comme des acteurs actifs responsables des contenus, introduisant ainsi de nouvelles obligations et appelant à un suivi législatif à travers un projet de loi sur les services numériques.

Ces exemples montrent que si la régulation peut constituer une base, les solutions efficaces nécessitent des mesures complémentaires de transparence, de responsabilité et de collaboration intersectorielle.

Quatre leviers clés pour lutter contre la désinformation climatique

Les experts du Center for Countering Digital Hate, du Conscious Advertising Network et du Forum ont identifié quatre leviers essentiels pour inverser cette tendance :

  1. Responsabilisation des plateformes et de la publicité en ligne : réduire la portée et la rentabilité des systèmes algorithmiques et publicitaires qui amplifient le déni et tirent profit de la désinformation est la priorité absolue. Cela suppose également une transparence accrue de l’ensemble du système publicitaire, afin de permettre aux entreprises de placer leurs annonces de manière responsable.
  2. Transparence des pollueurs et des lobbies : lutter contre les intérêts des industries fossiles, qui financent souvent des campagnes trompeuses et des efforts de « greenwashing », en citant des mesures telles que l’interdiction de la publicité pour les combustibles fossiles à La Haye ou la directive européenne sur les allégations environnementales (« Green Claims Directive »).
  3. Protection contre les opérations d’influence coordonnées : notamment lors de moments de forte visibilité politique, comme les élections ou les sommets de la COP.
  4. Recherche transversale et transparence des données : favoriser des stratégies fondées sur des observations scientifiques, grâce à des outils tels que l’article 40 du DSA ou l’Initiative mondiale pour l’intégrité de l’information de l’UNESCO.

Prises ensemble, ces mesures dessinent une approche multi niveaux combinant régulation, transparence et collaboration pour faire face à la désinformation climatique

Conclusion

La réunion s’est conclue par un appel à renforcer la recherche et le partage des connaissances, non seulement sur la désinformation climatique mais aussi sur les récits environnementaux plus larges. Le Forum réunira à nouveau le groupe de travail en octobre, avec un accent particulier sur les défis liés à l’intégrité de l’information concernant la biodiversité et autres enjeux environnementaux.

En encourageant une compréhension collective et l’innovation politique, le Partenariat pour l’Information et la Démocratie réaffirme son engagement à protéger l’intégrité de l’information face aux défis environnementaux mondiaux. Les conclusions du groupe de travail continueront d’alimenter les discussions, notamment lors de la prochaine COP30 qui se tiendra à Belém, au Brésil, en novembre 2025.

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